Histoire et évolution :
L’Ikebana qui puiserait sa source dans les
rites voués aux divinités indiennes serait,
à l’instar du bouddhisme, vraisemblablement
passé par la Chine et/ou la Corée avant
d’arriver au Japon.
Au VIe siècle, en même temps que le bouddhisme
fait son apparition dans l’archipel, commence
à s’établir les bases de l’arrangement floral.
Les compositions florales de l'époque ne
portent pas encore le nom d'’Ikebana et cet
art en devenir n'est pas encore codifié.
Le terme alors employé est celui de
"Mitsu-gusoku". Les compositions sont
déposées dans un vase aux cotés d'un
brûle-parfum et d'un porte bougie. Lorsqu'il
était utilisé
deux vases, deux brûle-parfums et un porte
bougie on utilisait le terme Itsutsu-gusoku.
Le tout était placé devant une image
bouddhiste ou devant les 3 hotoke.
Les 3 hotoke sont des divinités bouddhistes,
à savoir Amida-nyorai (Amithaba) toujours
placé au centre au centre, Kannon-bosatsu à
sa gauche et Seishi-bosatsu à sa droite.
En 607 Ono-no-Imoko à son retour d’une
ambassade en Chine aurait importé un nouveau
style de Mitsu-gusoku. La composition
florale était élaborée à l'aide de 3 fleurs
seulement. Ono no Imoko était
l’ambassadeur de l’impératrice
Suiko-Tennô (推古天皇 (554-639)) auprès de la chine
des Sui.
Ces compositions florales ne cherchent ni à
atteindre un idéal d’esthétisme, ni à
symboliser un principe religieux
particulier. Elles ne sont que l'incarnation
de la dévotion et du respect apporté aux
divinités
bouddhistes.
Ce n'est qu'avec le temps que tout une
symbolique va venir empreindre ces
compositions. Les préceptes religieux suivants
vont alors faire leur apparition:
- l’harmonie entre l’Homme et la nature;
- l’idée d’éphémère et de renaissance;
- le principe masculin/féminin;
- Le concept confucéen de trinité (terre/homme/ciel).
Au Xe siècle la notion de sacré va diminuer
au profit d’une plus grande recherche d'esthétisme
dans la composition des bouquets. Cela a
pour effet de rendre cet art beaucoup plus
«populaire» sans toutefois que celui-ci
ne «descende dans la rue».
Au XIIe siècle, cet art abandonnera une
partie de ses codes complexes. De cette
« simplification » naîtra le style Rikka
(立花).
Le Rikka est caractérisé par des bouquets
de forme triangulaire. Le bouquet est composé
de tiges de nombre impair. Chaque tige porte
un nom et une symbolique. A titre d’exemple
la plus haute tige est nommée Ryo (sommet)
elle symbolise le ciel. Les proportions
des bouquets sont aussi réglementées. Ainsi
la hauteur du vase utilisée pour la composition
doit être équivalent au quart de la hauteur
de la composition totale. La hauteur totale
de la composition correspond à la hauteur
du vase additionnée à hauteur de la plus
haute tige. C’est le grand maître Senkei
qui formulera le premier les principes devant
régir ce type de bouquet.
L’école Ikenobô qui enseigne les préceptes
du Rikka, sera la première et la plus ancienne
école d’Ikebana. Cette école aurait été fondée
par un bonze qui habitait près d’un étang (iké).
Celui-ci fut par le suite appelé Ikenobô
puis Ikenobô Senkei.
Ce style qui atteindra son apogée au XVIe siècle, sera simplifié au XVIIe siècle avec
le style Seikka
(活花) qui ne comportera pas plus
de deux espèces de végétaux. L’Ikebana ne
cessera d’étendre son influence et le nombre
de ses adeptes pendant toute l’ère
Muromachi
(1333 -1574).
Au XVe siècle, apparaît le premier traité
d'Ikebana (Sendensho) qui sera suivi au
XVIe siècle par le traité Senno Kudden avec
le concept de paysage complet. Des nouveaux
styles de bouquet font leur apparition,
ils visent avant tout à saluer un événement
particulier tel le nouvel an, la
fête des
jeunes filles (le 3 mars), la
fête des garçons
(le 5 mai)…. Les bouquets réalisés durant
cette période sont plus élégants et raffinés
(concept de Fûryû) sans pour autant, comme
cela sera le cas au XVIe siècle, tomber
dans l’abondant, l’opulent.
Parallèlement se développera l’idée de Wabi
avec le style Nageire (投げ入れ) «fleurs introduites
») qui prône un retour au sacré, à la simplicité
et sobriété. Le Wabi se caractérise souvent
par la présence d’une seule fleur dans une
poterie en terre cuite.
L’Ikebana évoluera au fil des siècles en
s’ouvrant aux femmes au XVIIe, en permettant
l’introduction de nouvelles fleurs et en
multipliant ses écoles à partir du XIXe
siècle. Ce fut Ohara Unshin (1861 – 1914)
qui le premier utilisa des fleurs en provenance
d’occident pour ses bouquets et qui en fondant
son école donnera naissance à un nouveau
courant le Moribana ((盛り花) «fleurs groupées»).
L’Ikebana est encore aujourd’hui essentiellement
pratiqué à la maison souvent en relation
avec le "Tokonoma". Le tokonoma est, dans
les maisons traditionnelles, une sortes
de petite niche de faible profondeur et
au planché légèrement surélevé, destiné
à recevoir un élément décoratif. En dépit
de cette habitude bien ancrée, on assiste
depuis la première moitié du XXe siècle
à une évolution de l’Ikebana. En effet
celui-ci tend à s’exposer en devenant un art
plastique à part entière faisant l’objet de
fréquentes
expositions.