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L’étude de la lame est une
source intarissable d’informations la concernant. Mais cette étude est assez
difficile pour un néophyte et peut prendre plusieurs heures. Certains
professionnels dressent une véritable carte d’identité de la lame en produisant
une sorte de calque sur papier de riz de la lame (oshigata) en y notant tous les
incidents.
A partir de cette analyse,
il possible de déterminer la provenance de celle-ci, de lui attribuer une école
de forge, un forgeron, une date et donc une valeur.
Pour être dans des
conditions optimales d’observation la lame doit être polie et regardée en pleine
lumière. Pour une bonne observation nous vous conseillons de vous munir de lampe
de poche afin d’observer la lame à la lumière rasante et de toujours commencer
par l’aspect général avant de vous pencher sur les détails du
sabre.
Pour vous aider dans vos
démarches nous vous proposons de passer en revue les points essentiels pour une
bonne analyse.
L’aspect général.
L’observation porte sur 4
points : la courbure, la structure, le dos et la pointe de la lame.
La courbure
(反り)
du sabre.
Le degré de la courbure (sori)
et son positionnement sur la lame permet d’identifier l’école à l’origine de la
fabrication du
sabre et de dater la lame. On distingue ainsi les sabres du type
saki-zori (先反り) dont la courbure est située proche de l’extrémité du
sabre, les
sabres koshi-zori (腰反り) dont la courbure se trouve non loin de la garde, et
enfin les sabres dont la courbe se dessine au milieu de la lame (torii-zori -
華表反).
Les défauts à repérer :
Une lame à la courbure trop accentuée peut indiquer que celle-ci a été
retrempée. Retremper une lame revient à lui faire perdre toutes ses propriétés
originelles et la dévalue complètement.
La structure (造込み)
Observer la structure de
la lame c’est observer si celle-ci est plate ou non, si son arête est située
près du centre (moroha-zukuri -
両刃造),
si cette même arête est courbe (shinogi-zukur -
鎬造),
proche du dos de la lame (moroha-zukuri -
両刃造)...
On distingue environ 9 structures de lames différentes.
Les défauts à repérer :
aucune fissure ou ridule (mukade shinae) ne doit apparaître au niveau du
plat de la lame. Au niveau des arêtes de la lame la couleur doit être
parfaitement uniforme. Si des petits effets brumeux apparaissent cela traduit
une faiblesse au niveau du métal utilisé. On nomme ces défauts « utsuri ».
De même une attention particulière doit être portée afin de déceler des
éventuelles poches d’air. Ces poches d’air (fukure yabure -
脹撓)
sont considérées comme des erreurs de forge dévaluant le
sabre. Elles peuvent
être réparées (comblées) en utilisant le métal de la soie (partie de lame située
à l’intérieur de la poignée). Si cette réparation utilise un autre métal,
celle-ci est alors considérée comme un défaut supplémentaire (umegane).
Le dos
(棟)
de la lame.
On rencontre 4 types de
dos (mune) possible. Le dos de la lame est soit arrondi (maru-mune
- 丸棟),
soit plat (kaku-mune -
角棟),
avec une arête (iori-mune -
庵棟)
ou deux (mitsu-mune -
三棟).
Les défauts à repérer :
les fissures ou imperfections, mêmes minimes, au niveau du dos de la lame (mune
Shinae, mune Ware …) sont considérées comme des défauts non
acceptables.
La pointe (切先).
Il n’existe que 3 types de
pointe (hissaki). Celle-ci est soit petite (ko-kissaki),
moyenne (chu-kissaki) ou grande (o-kissaki).
Les défauts à repérer :
Une fissure peut parfois apparaître au niveau de la pointe. Ce défaut faisant
perdre une grande partie de la valeur de la lame porte le nom de « karasuguchi ».
L’existence d’une pointe bien proportionnée avec un boshi (ligne de trempe de la
pointe) indique que le
sabre n’a pas été trafiqué (coupé).
La structure de
la lame.
Une fois l’analyse de
l’aspect général de la lame menée, il est possible de se pencher sur les détails
de celle-ci. Afin d’approfondir vos investigations et de connaître précisément
le pédigrée du sabre, certains points doivent être scrupuleusement étudiés. 6
points sont souvent passés au crible : le grain, la trempe, la ligne de trempe,
l’activité, la gorge, les inscriptions éventuelles.
Le grain.
Le grain va dépendre de la
nature, de la qualité et de la juxtaposition des lamelles de métal employé.
Cette association de lamelles prend alors certaines formes caractéristiques
(vaguelettes, lignes parallèles…) propre à identifier certaines écoles et
certains forgerons. Chacune de ces formes prend un nom particulier (Ayasugi hada,
Chirimen hada, Uzumaki hada…).
La composition de la lame
varie d’une forge à l’autre. La formule ayant permise sa fabrication était tenue
secrète et transmise de père en fils. A partir de la seconde guerre mondiale la
formule employée est restée constante. Il est ainsi utilisé :
|
Matériaux : |
Proportion en
pourcentage : |
|
Fer |
98,12% à 95,22% |
|
Carbone |
3,00% à 0,10% |
|
Cuivre |
1,54% |
|
Manganèse |
0,11% |
|
Tungstène |
0,05% |
|
Molybdène |
0,04% |
|
Titane |
0,02% |
|
Silicium |
traces |
|
Chrome |
Pouvant atteindre
13% |
La Trempe.
C’est une étape cruciale
dans la forge d’un sabre. Cette technique consistant en un refroidissement
rapide de la lame permet de solidifier la partie trempée. La partie objet de ce
traitement thermique était le tranchant de la lame. En changeant ainsi les
propriétés du métal un effet de cristallisation apparaît en surface. C’est cet
effet qui doit être observé.
Les défauts à repérer :
Les fissures au niveau du tranchant. Ces fissures sont inacceptables. Elles
peuvent être perpendiculaire au tranchant (hagire) ou oblique (hagarami). Ces
fissures doivent être distinguées des chocs provenant de combats (kirikomi) qui,
tout en étant préjudiciable à la solidité de la lame et à sa valeur, peuvent
être acceptables. Il est nécessaire de s’assurer que la lame n’a pas fait
l’objet de plusieurs trempages (sai ha). Ce défaut est particulièrement
difficile à détecter. Il se traduit souvent par la présence prés du « munemachi »
(près de la garde) d’un petit halo brumeux formant un angle aigu (mizukage) ou
la présence de l’ancienne ligne de trempe.
Afin de conserver à la
lame une certaine flexibilité, la trempe n’était pas opérée sur l’ensemble de la
lame. Le dos et la partie épaisse de la lame étaient protégés par un mélange à
base d’argile. A la frontière entre la zone protégée et la zone objet de la
trempe se créé une sorte de ligne nommée « hamon » (ligne de trempe).
La ligne de trempe.
Elle s’observe sur
l’ensemble de la lame. C’est à dire le long du tranchant jusqu’à la pointe. Le
ligne de trempe située au niveau de la pointe porte un nom particulier : « bôshi »
(帽子).
Cette ligne est l’objet de
beaucoup d’attention de la part des amateurs et est vraiment la marque de
fabrique d’un forgeron. On trouve des lignes de trempe en forme de vague, d’arc
de cercle, de droite…
Les défauts à repérer :
Les fissures au niveau du hamon (hagarami), un éclaircissement (ha jimi), une
discontinuité (kakedashi) ou disparition (nioi gire) de la ligne de trempe sont
autant de défaut faisant perdre quasiment toute valeur au sabre.
L’activité.
Alors que la lame du sabre
fait l’objet d’une trempe partielle (la partie supérieure de la lame étant
protégée de la trempe), Il est néanmoins possible que des incidents puissent
subvenir. Tout ces « accidents » sont autant d’informations permettant
d’identifier un sabre et de dresser sa « carte d’identité ».
La gorge.
Elément plutôt récent, les
premiers sabres ne disposaient pas de gorge. Les gorges ont été crées au
départ afin d’alléger et d’augmenter la résistance de la lame. Elles sont vite
devenues un ornement de la lame et de ce fait prennent des formes très diverses.
Les inscriptions.
Votives ou décoratives,
elles donnent à la lame un relief et une histoire toute particulière qui sont
autant d’élément permettant de tracer ses origines.
La soie (nakago -
茎).
La soie est la partie
invisible de la lame, la partie située à l’intérieur de la poignée. La soie est
tout aussi importante que la lame. A ce titre, elle doit faire l’objet d’une
attention toute particulière.
4 éléments forment les
caractéristiques essentielles de la soie : la forme et la taille de la soie dans
sa longueur, dans son extrémité, ses tries et sa signature éventuelle.
La forme et la taille de la soie dans sa longueur.
On compte 8 formes possibles
de soie : Elles sont toutes courbées mais l’intensité de la courbure peut être
plus ou moins prononcée voire s’inverser. L’épaisseur peut se réduire
progressivement ou rapidement (kijimomo-gata -
雉子股)
à partir d’un certain niveau…
L’extrémité de la
soie.
L’extrémité de la soie (Nakagojiri)
peut être de forme triangulaire (kengyo
- 劍形),
perpendiculaire aux côtés (kiri -
切),
perpendiculaire au dos (iriyama-gata -
入山形),
ou de forme arrondie (il en existe de 2 sortes).
Les stries.
Leur présence, leur
intensité et leur direction donnent une indication sur la possible école de
forge à l’origine de la création de la lame.
La signature (mei -
銘).
Eventuellement gravée sur
le côté de la soie, elle indique l’école ou le forgeron qui a créé la lame. Elle
n’apparaît plus sur les lames qui ont été raccourcies. En revanche elle peut
avoir été ajoutée par la main d’un autre. Ces contrefaçons historiques portent
le nom de gimei
(偽名). |