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Voyage
Meurtrier |
Date
de naissance:
Né le 2 mars 1921.
Lieu
de naissance:
Kyoto, Japon.
Fonction:
Scénariste
et réalisateur.
Décès: 24
septembre 1975.
Flash:
Kenji
Misumi naît à Kyoto
en 1921 d’une
liaison adultère
entre Fukujiro
Misumi, homme
d’affaires important
de
Kobe, et “Shizu”,
geisha de Pontocho,
célèbre quartier des
plaisirs à Kyoto.
Très vite, la mère
du jeune Kenji
renonce à s’en
occuper et le confie
à sa sœur, Shika,
qui travaille dans
une auberge du
quartier voisin.
Ayant pignon sur rue
(sa société de
commerce maritime,
la Misumi Shoji,
avait bien profité
de l’essor local),
Fukujiro Misumi ne
reconnut jamais sa
paternité, mais il
fit pourtant le
nécessaire
financier, afin que
son fils profite
d’une enfance sans
encombre, partagée
entre les bancs de
l’école et les
cuisines où il
aidait
quotidiennement sa
mère adoptive. Son
père l’inscrit plus
tard au lycée
supérieur de
commerce Ritsumeikan
à
Kyoto, avec dans
l’idée d’en faire un
“businessman” comme
lui. Mais Kenji se
passionne pour les
héros de films de
sabre (Denjiro
Okouchi, Tsumasaburo
Bando), la
littérature moderne
et la peinture.
Arrivé en dernière
année de lycée, il
écrit à son père
qu’il veut devenir
artiste, mais se
heurte à
l’intransigeance de
ce dernier qui finit
par lui couper les
vivres. Pour qui
connaît un peu sa
future œuvre de
cinéaste, les
ressemblances entre
la jeunesse de Kenji
Misumi et le
parcours de ses
personnages est
frappante : il
mettra souvent en
scène des héros
tragiques à la
paternité inavouable
et à l’enfance
difficile : c’est le
thème central de la
Trilogie du sabre,
mais aussi de
certains épisodes de
Zatoïchi (Voyage
meurtrier,
Route
sanglante,
Voyage en
enfer) et la série
Baby Cart.
Une
rencontre décisive
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Le Sabre |
En 1939, Kenji sert au
restaurant lorsqu’il
entame une conversation
avec un homme cultivé et
passionné comme lui de
cinéma. Ce client bavard
n’est autre que Kan
Kikuchi, le pape de
l’édition moderne
japonaise, équivalent
d’un Jacques Rivière ou
d’un Jean Paulhan (de la
Nouvelle Revue
française). Le jeune
homme confie qu’il
voudrait être
réalisateur, mais
Kenji Kikuchi, séduit par son
érudition, lui conseille
plutôt de devenir
acteur, histoire de
rehausser le niveau des
comédiens de l’époque,
jugés par lui comme un
ramassis d’incultes.
L’éditeur glisse dans la
poche de Kenji Misumi
l’adresse d’un cadre
supérieur des studios de
la Nikkatsu à Kyoto.
Deux ans plus tard, une
fois ses études
terminées, Kenji Misumi
n’écoutant que son
courage se rend à la
Nikkatsu. Hélas, il
découvre que la personne
mentionnée sur sa
recommandation n’y
travaille plus. Mais,
nouveau coup de théâtre,
le simple fait d’être
cautionné par le fameux
Kikuchi suffit à le
faire embaucher dans les
studios prestigieux du
quartier Uzumasa,
surnommé le “Hollywood
japonais”. Il faut dire
que l’emploi est
facilité par la pénurie
de main-d'œuvre,
conséquence de la guerre
sino-japonaise et des
mobilisations de masse.
Oubliant le conseil de
son “ange gardien”, il
préfère l’emploi
d’assistant réalisateur,
ce qui revient à rendre
tous les menus services
réclamés par les
réalisateurs les plus
prestigieux de cet âge
d’or du cinéma japonais
: Hiroshi Inagaki,
Sadatsugu Matsuda,
Mansaku Itami, Tomiyasu
Ikeda, etc. Grâce à eux,
Kenji Misumi baigne dans
l’univers du film de
sabre et d’époque, qui
deviendra beaucoup plus
tard sa spécialité.
Kenji Misumi consacre le temps
libre qui lui reste à se
cultiver dans tous les
arts. Mais en 1942,
depuis l’entrée en
guerre du Japon contre
les Etats-Unis, la
situation des studios se
dégrade. La pénurie de
matière première oblige
la production à
regrouper ses dizaines
de petits studios en
trois grands pôles :
Toho, Shochiku, Daiei.
On passe de plus de 500
films par an à moins
d’une centaine. De même,
les temps d’exploitation
des films sont limités à
2,5 heures pas jour.
La
mobilisation
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La Lame Diabolique |
En 1942, Misumi est
mobilisé, un an et demi
après ses débuts dans le
cinéma. La veille de son
départ, une femme d’une
quarantaine d’années se
rend à la caserne pour
lui souhaiter bonne
chance. Il ne la
reconnaît d’abord pas,
puis comprend que c’est
sa mère, qu’il n’a
jamais vue. En effet,
bien qu’elle vécût en
face de chez lui, de
l’autre côté de la
rivière, sa famille
adoptive lui avait
toujours interdit de lui
rendre visite… L’année
suivante, il est envoyé
sur le front de
Mandchourie. Après la
capitulation du Japon en
août 1945, il est fait
prisonnier par l’armée
soviétique et envoyé
dans un camp en Sibérie.
Il ne rentre chez lui
qu’en octobre 1948,
après plus de six ans
d’absence. A son retour,
ses proches le
découvrent transformé,
mutique, visiblement
marqué par une
expérience dont il ne
livre jamais rien. Tout
juste sait-on qu’il dut
effectuer des travaux
forcés alors que la
famine sévissait.
Certains de ses
ex-camarades ont
témoigné avoir, avec
lui, enterré ses
camarades vaincus par la
dureté de l’hiver
sibérien. Comme pour
Tomu Uchida (Le mont
Fuji et la lance
ensanglantée,
Meurtre à Yoshiwara,
Le détroit de
la faim, etc.), cette
partie de sa vie restera
toujours un secret bien
gardé. Mais une autre
difficulté se présente à
lui : le Japon qu’il
connaissait s’est
métamorphosé, et il
peine à y trouver sa
place.
Il est alors plus
que jamais convaincu que
seul le cinéma peut
l’aider à reprendre goût
à la vie. La société Daiei, née pendant la
guerre du regroupement
de plusieurs studios est
devenue un des grands
pôles de la production
cinématographique
japonaise. Fondée en
1942 par la fusion des
sociétés Nikkatsu, Daito
et Shinko Kinema,
Masaïchi Nagata en est
le président depuis 1946
(et jusqu’à la faillite
de la Daiei en 1971. Grâce à un
piston, il obtient un
entretien avec cette
future légende du 7ème
art, dont les méthodes
retorses sont déjà très
au point : il le plaint
de ses mésaventures
sibériennes avant de lui
demander brutalement ce
qu’il veut faire à la Daiei. Déstabilisé,
Kenji Misumi se souvient des
conseils de Kan Kikuchi
et répond qu’il veut
devenir acteur. Mais
Nagata ne lui trouve pas
le physique de l’emploi.
Au lieu de cela, il lui
propose un poste
d’assistant réalisateur,
car il connaît son passé
à la Nikkatsu où il
était entré grâce à la
recommandation de Kan
Kikuchi, lequel a
pendant la guerre occupé
le poste de Nagata, à la
grande surprise de
Kenji Misumi…
Retour
au cinéma
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Le Détroit de la faim |
Misumi est taciturne et
effacé. Contrairement à
ses collègues de
plateau, toujours
enclins à s’encanailler
dans les quartiers de
plaisirs de Kyoto, il ne
boit pas et ne fait
jamais la fête. Ses
seuls plaisirs : voir
des films et boire du
café. On murmure qu’il
est un peu fou, mais lui
s’installe dans cette
existence de loup
solitaire, et refuse
même de parler de son
expérience de la guerre
aux forces d’occupation
américaine, quand
celles-ci chercheront à
savoir s’il n’aurait pas
subi un endoctrinement
de la part des services
secrets soviétiques :
c’est l’époque de la
guerre froide et de la
“chasse aux sorcières”,
comme à Hollywood.
Silencieusement et
méthodiquement, Kenji Misumi
continue d’apprendre le
cinéma en observant les
metteurs en scène au
travail. Il devient un
véritable autodidacte,
conscient que personne
ne lui enseignera le
métier. Il devient
l’assistant exclusif
(fait rare à l’époque)
de Teinosuke Kinugasa,
dont il avait déjà
admiré dans sa jeunesse
les œuvres
avant-gardistes : Une
page folle [kurutta
ippeji], 1926, avec un
scénario de Yasunari
Kawabata ; Carrefour [jujiro],
1928, que Kinugasa ira
montrer en Occident.
Elles lui firent prendre
conscience que les
cinéastes japonais
pouvait se hisser au
niveau des
expressionnistes
allemands.
A cette
époque, Kenji Misumi travaille
essentiellement à la
conception des story
board grâce à ses
talents de dessinateur,
et au montage des
bandes-annonces. Le
montage était pour lui
une question
essentielle, l’assistant
réalisateur ne pouvant
être affecté au scénario
selon le règlement de la
Daiei. Dans le même
temps, il participe aux
grandes réussites
commerciales et
artistiques de son
maître, dont
L’illumination du Grand
Bouddha [Daibutsu kaigen],
histoire d’amour et de
trahison à l’époque de
Nara, sur fond de
construction du Grand
Bouddha au temple
Todaiji. Puis il
travaille sur La porte
de l’enfer [Jigokumon],
Grand prix (ancienne
Palme d’or) à Cannes en
1954. Ce film,
semi-échec au Japon,
sera un succès
phénoménal à New York,
entre autres. Il
rencontrera enfin le
succès dans l’archipel
après sa carrière
occidentale. Kinugasa
est fier du travail de
son assistant et lui
annonce qu’il est temps
qu’il passe à la
réalisation : grâce à
son influence auprès de
Nagata (à l’instar de
Mizoguchi), il lui
recommande son poulain.
En octobre 1954, à 33
ans, Kenji Misumi accède
au poste de réalisateur.
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Tuer! |
Les
premières armes
Son premier film en tant
que réalisateur
préfigure la suite de sa
carrière,
essentiellement placée
sous le signe des séries
à rallonge. Il est en
effet chargé de tourner
une énième version de
Sazen Tange, le pot d’un
million de pièces d’or.
Plus précisément, il
s’agit du dernier
épisode d’une trilogie
entamée par la Daiei,
avec la vedette Denjirô
Okouchi. En dépit du
dédain de la presse pour
laquelle ces histoires
réchauffées n’offrent
aucun intérêt, le public
répond présent et
gratifie Misumi d’un
honnête succès en salle,
juste derrière Le navire
clandestin, avec Toshiro
Mifune et réalisé par
Toshio Sugié. Misumi
gagne la confiance de
ses patrons, mais
apprend aussi à se fier
au public, dont il
devine le goût
indémodable pour les
films de sabre, plutôt
qu’aux journalistes.
Le rythme est lancé, et,
dès l’année suivante, en
1955, Kenji Misumi réalise
trois films, dont deux
avec Shintaro Katsu qui
vient d’entrer à la
Daiei, mais
les films ne marchent
pas bien en raison du
manque de popularité de
l’acteur, mal à l’aise
dans les rôles de
fringant samouraï ou de
jeune premier. En
revanche, il réussit à
mettre en vedette Raizo
Ichikawa, concurrent de
Katsu, dans Le corbeau
Taro Asa qui parvient à
concurrencer La rue de
la honte de Mizoguchi,
sortie la même année
(1956).
Certains projets
déplaisent à Kenji Misumi mais
il s’exécute en bon
faiseur salarié. Malgré
les contraintes, il en
profite pour
expérimenter des formes
qui aboutiront à
l’étonnant montage de
Tuer ! [Kiru]. Le
sachant mal payé, un ami
scénariste lui propose
de travailler à la Toei,
nettement plus généreuse
et respectueuse des
valeurs de chacun. Mais
il refuse, de peur
d’être trop dépaysé dans
une usine à films.
L’ambiance artisanale
des studios de la Daiei
lui convient mieux et
lui permet de poursuivre
ses recherches de style
à sa guise.
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Baby Cart |
Le
Sauveur de la Daiei
En 1961, Kenji Misumi a
déjà sept années de
réalisation derrière
lui et 25 films.
Avec l’expérience,
s’affirme un style
personnel qui
culminera avec La
Trilogie du sabre.
Outre un sens aigu
de l’esthétique, il
attache une
importance
fondamentale aux
décors et aux
costumes, par souci
de vérité, ce qui
lui donne des traits
en commun avec
Mizoguchi. Nagata
lui fait de plus en
plus confiance et va
même jusqu’à lui
confier la
réalisation d’un
projet qui l’obsède
depuis qu’il a vu
Ben Hur : réaliser
La vie de Bouddha [Shaka],
qui serait le 1er
film japonais en
70mm. Le geste de Nagata est d’autant
plus surprenant que
cette
superproduction
mettrait en péril la
Daiei en cas d’échec
commercial, la
société n’arrivant
pas à rentabiliser
son réseau de
distribution moins
étoffé que ceux de
la concurrence et
qui nécessite donc
de produire toujours
plus. Mais Shaka est
un carton et bat la
même semaine Les
canons de Navarone.
C’est la plus grosse
recette de l’année :
Kenji Misumi sauve
littéralement la
Daiei de la
faillite.
Avec La
légende de
Zatoïchi,
le masseur aveugle,
Kenji Misumi rend Nagata
toujours plus riche.
Incontestablement,
ce succès est dû à
la sensibilité très
personnelle avec
laquelle il traite
ses personnages, en
parvenant à les
inscrire dans un
cahier des charges
contraignant mais
qu’il ne remet
jamais en cause.
Cette attitude
docile le coupe
complètement des
auteurs indépendants
qui œuvrent dans la
résistance aux
conventions. Kenji Misumi,
sorte de force
tranquille, est
convaincu que politique
de studio et vision
personnelle peuvent
faire bon ménage, malgré
le tyrannique Nagata qui
manipule ses employés
comme des pions, dans le
seul but d’apporter
toujours plus de
nouveauté. Après la
faillite de la Daiei en
1971, c’est ce même
esprit artisanal qui lui
permettra de rebondir à
la télévision, où il
apportera indéniablement
un sens
cinématographique inédit
dans ce média. Surtout,
il pourra conclure sa
carrière, et sa vie, en
beauté sous l’égide de
Shintaro Katsu devenu
entre-temps producteur.
Ce dernier lui confiera
encore quelques Zatoïchi
(Le shogun de
l’Ombre) avant de le
mettre aux commandes de
son œuvre la plus
populaire en Occident :
Baby Cart. C’est sur
cette saga sombre,
désespérée et barbare
qu’il conclura une
carrière sans frasques
personnelles mais
auréolée d’un souci
constant de se
surpasser.
Filmographie:
Zatôichi monogatari -Zatoïchi:
Le Masseur aveugle (série télévisée):1974
Derniers samouraïs:1974
Hissatsu shiokinin (série télévisée):1973
Oshi samurai - Baby cart (série télévisée):1973
Kozure Ôkami: Shinikazeni mukau ubaguruma - Baby cart:1972
Kozure Ôkami: Sanzu no kawa no ubaguruma - Baby cart:1972
Kozure Ôkami: Kowokashi udekashi tsukamatsuru - Baby cart et le sabre de la vengeance:1972
Goyôkiba -Hanzo
The
Razor : le sabre de la justice:1972
Kitsune no kureta akanbô:1971
Shin onna tobakushi tsubogurehada:1971
Zatôichi abare-himatsuri:1970
Shirikurae Magoichi - Le Magoichi:1969
Oni no sumu yakata:1969
Zatôichi kenka-daiko -
Zatoïchi: Les Tambours de la Colère:1968
Nihiki no yojimbo:1968
Tomuraishi tachi:1968
Zatoichi chikemuri kaido -
Zatoïchi: La Route Sanglante:1967
Namida gawa:1967
Yuki no mosho:1967
Nemuri Kyoshiro 8: Burai-ken:1966
Daimajin ikaru:1966
Shojo ga mita:1966
Zatoichi Jigoku tabi -
Zatoïchi: Voyage en enfer :1965
Ken ki - L'épée du diable:1965
Muhomatsu no issho:1965
Nemuri Kyoshiro 5: Enjo-ken:1965
Zatôichi kesshô-tabi - Zatoichi n°8:1964
Ken:1964
Nemuri Kyoshiro 2: Shôbu: 1964
Nyokei kazoku:1963
Shinsengumi :1963
Kyojin okuma shigenobu:1963)
Kiru - Tuer :1962
Zatôichi monogatari - Zatoichi n°8:1962
Onnakeizu :1962
Shaka - Bouddha :1961
Daibosatsu toge: Ryujin no maki:1960
Daibosatsu tôge: 1960
Shirokoya komako:1960
Sen-hime goten:1960
Yotsuya kaidan:1959
Senbazuru hicho:1959
Kagero-gasa:1959
Kaibyô noroi no kabe:1958
Momotaro zamurai:1957
Asa Tarô garasu:1956
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